Plus le temps passe et plus je suis convaincu que Napoléon n'a rien inventé, dans les routes comme ailleurs.
La preuve avec ce classement (avorté) des routes tenté en 1803 et qui a servi de base à la fameuse nomenclature de 1811. A partir de mes recherches aux Archives, j'essaie de dresser la liste des routes concernées. Les cartographes sont partis d'une échelle à la taille de la France qu'ils ont ramené à celle du département pour plus de précision. Le temps des aller-retours, il a fallu plus de 10 ans pour y arriver (et plus de 70 ans si on tient compte des premières intentions).
Pour le plaisir, voici un extrait de la 1ère carte routière de France avec les numéros des routes (1803) pour la Haute-Saône... Savourez les changements en 200 ans !!!
En rouge et en bleu, les routes nationales. En marron, les routes départementales...
Modifié en dernier par G.E. le ven. 04 sept. 2009 12:57, modifié 3 fois.
Je pense avoir désormais 95 % de la classification de 1803, avec quelques doutes en raison de certains itinéraires très longs ou de permutations entre itinéraires (notamment dans le Gard !)... J'essaierai de la passer en cartes pour que ce soit plus clair et de coller la liste sur le wiki.
Avant 1803, il y a eu des travaux préparatoires et vers 1800 on a dressé la première liste des routes nationales appartenant aux deux premières classes (1ère classe = Paris - Frontières, 2ème classe = Grandes transversales). En cartes, j'en déduis ceci :
Les routes de 1ère classe sont en noir et celle de 2nde classe sont en vert.
On remarque l'extrême densité du réseau dans les zones sans relief et les vides béants dans le grand sud et le centre. Je pense que cette carte traduit en fait le réseau achevé (ou presque) juste avant la Révolution.
A comparer avec le réseau napoléonien et le réseau routier national actuel.
En lisant un vieux bouquin, je suis tombé sur le classement des routes de 1ère classe (appelées "Grandes Routes") datant du 25 nivôse an IX (15 janvier 1801).
A l'époque, les troubles révolutionnaires commencent à devenir du passé et les routes qui ont bien souffert la décennie précédente doivent être remises en état. On commence donc par les axes stratégiques.
1. De Paris, par Auxerre et Rouvray, à Dijon (RN5, 6, 70 et 5 / A6, A38).
2. De Dijon à Chagny (RN74 / A31).
3. De Rouvray à Chagny (RN6 / A6).
4. De Chagny au Mont-Cenis, par Lyon et Chambéry (RN6 / A6, A43).
5. De Dijon à Genève, par Dôle et Salins (RN5, 72, 467 et 5).
6. De Lyon à Nice, par Aix (RN7 / A7, A8).
7. D'Aix à Marseille (RN8 / A51).
8. De Marseille à Toulon (RN8 / A50).
9. De Paris à Lyon, par Nevers et Moulins (RN7 / A77, A89).
10. De Paris à Bâle, par Troyes (RN19 / A5).
11. De Paris à Strasbourg, par Metz (RN3, 56, 61, 4 / A4)
12. De Paris en Espagne, par Orléans, Poitiers, Bordeaux et Baïonne (RN20, 152, 10 / A10, A63)
13. De Paris à Toulouse, par Limoges (RN20 / A20, A62)
14. De Paris à Anvers, par Cambrai, Valenciennes et Bruxelles (RN17, 30 / A1, A2)
15. De Paris à Calais et à Dunkerque par Amiens et Abbeville (RN1 / A16)
16. De Paris au Havre, par Pontoise et Rouen (RN14, 15 / A15, A150, A29)
17. De Paris à Brest, par Rennes (RN12, 1623, 157, 12)
18. De Paris à Nantes, par Chartres, Le Mans, Angers (RN10, 306, 23 / A11)
19. De Nantes à Brest, par Vannes, Lorient (RN165 / A82)
20. De Nantes à Bordeaux, par La Rochelle (RN137 / A83, A837, A831)
C'est un classement essentiellement technique, mais encore une fois, Napoléon n'a rien inventé !
Notez que les autoroutes radiales actuelles, définies dans les années 1960, suivent presque rigoureusement ces itinéraires.
Et encore auparavant sous l'Ancien Régime, la France était subdivisée en Généralités dont certaines donnait des numéros aux routes.
Sinon, la nomenclature du 25 nivôse an IX reprend peu ou prou les routes royales de 1ère classe d'avant la Révolution, lesquelles seront complétées par Napo dans sa nomenclature de 1811.
La numérotation tient en fait plus de l'énumération de liste que d'une véritable numérotation comme pour le classement de 1811.
G.E. a écrit :En lisant un vieux bouquin, je suis tombé sur le classement des routes de 1ère classe (appelées "Grandes Routes") datant du 25 nivôse an IX (15 janvier 1801).
C'est un classement essentiellement technique, mais encore une fois, Napoléon n'a rien inventé !
oui, mais en 1801, ce cher Bonaparte était déjà Premier Consul...
Zut, un anachronisme... Enfin, c'était pour dire que le classement de 1811 possède une très longue histoire.
Quant à l'ordre des routes, il n'a rien d'anodin, loin s'en faut.