Virgule.lu a écrit :D’«Ärenzen» à «Téinten»: le monde étrange des noms de lieux du Luxembourg
Depuis près de 50 ans déjà, les panneaux toponymiques sont bilingues. Mais quelle variante linguistique doit apparaître en majuscules et laquelle en italique?
En 2009, le nom français de la localité a été peint en rouge sur les panneaux toponymiques de Noerdange, Elvange, Reichlange, Ospern et Saeul. Les communes avaient alors porté plainte pour vandalisme. © PHOTO: LW/Archives
La langue luxembourgeoise n'est pas facile. Pourtant, elle doit être plus présente et plus visible au quotidien. Mercredi 15 janvier, la commission culturelle de la Chambre a donc présenté quelques points pour la promotion du luxembourgeois.
Un sujet récurrent a également été abordé: les panneaux jaunes à l'entrée des villages. En haut, le nom officiel de la localité y est inscrit en majuscules, en allemand ou en français, et en bas, en italique, la variante luxembourgeoise. «Pourquoi pas l'inverse ?», demande Fred Keup de l'ADR.
Un coup d'œil dans les archives nous a permis de découvrir cet article intéressant. Il a été publié dans le Luxemburger Wort du 13 mars 1976. Sous le titre Nouveaux panneaux toponymiques avec inscription luxembourgeoise, on peut lire: «Ces derniers temps, de nouveaux panneaux ont été installés dans notre pays, comme ici à Pontpierre, qui portent non seulement le nom français du lieu, mais aussi le nom luxembourgeois, une bonne initiative pour préserver notre caractère national. Peut-être aurait-il été encore plus original d'inverser les deux inscriptions...».
En 1976 dans le Luxemburger Wort. Des panneaux d'agglomération bilingues apparaissaient pour la première fois au Luxembourg. À l'époque, la vitesse était d'ailleurs encore limitée à 60 km/h dans les agglomérations. © PHOTO: LW/Archives
Les panneaux d'agglomération luxembourgeois sont donc devenus bilingues il y a presque 50 ans. Et la question de savoir pourquoi la disposition n'a pas été faite dans l'ordre inverse sur le panneau jaune, c'est-à-dire d'abord la variante luxembourgeoise, puis la variante allemande ou française, est tout aussi ancienne. C'était en 1976, et on n'avait pas besoin de Fred Keup pour le savoir. Il n'était même pas né à l'époque...
Pas dans l'air du temps, mais pas pratique non plus
Les noms de lieux luxembourgeois sont parfois compliqués et prêtent à confusion. La localité de Hautbellain (commune de Troisvierges) s'appelle «Beesslek» en luxembourgeois, tandis que Basbellain commune de Troisvierges) est connu sous le nom luxembourgeois de «Kierchen». Bien sûr, cela a en quelque sorte des racines historiques, ce n'est certainement pas tiré par les cheveux, mais ce n'est pas non plus pratique.
Souvent, les variantes linguistiques se ressemblent beaucoup. Mais parfois, elles sont à des kilomètres les unes des autres : Tarchamps se dit «Eeschpelt» en luxembourgeois, Petit-Nobressart se traduit par «Kleng Elchert», Clemency devient «Kënzeg» et Hollenfels est tout simplement «Huelmes». Et puis, il y a aussi des noms pour les communes dans lesquelles il y a plusieurs localités: «Kiischpelt» pour Wilwerwiltz ou «Helpert» pour Boevange-sur-Attert et Tuntange.
Comment s'y retrouver? Et sur quelle variante d'écriture, sur quel dialecte se mettre d'accord ? «Angsber», «Angsbreg» ou «Angelsbierg» pour Angelsberg (commune de Fischbach)? «Ärenzen», «Ärenz» ou «Iernzen» pour Ernzen (commune de Larochette) ? «Tënten» ou «Téinten» pour Tuntange? De nombreuses personnes devront certainement se mettre ensemble pour trouver la forme d'écriture appropriée pour le panneau routier.
Le paysage linguistique public
Mais la langue ne se limite pas aux noms de lieux et aux lieux-dits. Celui qui se déplace à pied, à vélo ou en voiture découvre toujours un paysage linguistique allant du «Service Incendie», de la «Route barrée», du «Ramassage scolaire» à la «Déviation», à l'«Atelier communal» et jusqu'à la «Propriété privée» et au «Drive-in Foodvillage»... Veut-on traduire tout cela en luxembourgeois?
L'écriture est en effet omniprésente dans l'espace public. Les types d'enseignes et d'écritures les plus divers constituent le paysage linguistique d'un lieu ou d'une communauté. L'université du Luxembourg a lancé le projet «Lingscape», une application qui permet d'étudier ces paysages linguistiques. Les utilisateurs peuvent télécharger des photos de panneaux et d'inscriptions sur une carte interactive. L'université étudie alors la diversité et la dynamique de l'écriture publique.