Peut-on gagner la bataille de la route ?
Posté : sam. 11 juin 2005 09:59
Pour initier ce sujet, un article du Midi Libre :
Midi Libre a écrit : Parfois, sur l'autoroute, on a l'impression, en dépassant des poids lourds, de doubler un train de marchandises sur une (ou deux) voies. Ce qui fait dire à certains qu'en créant une quatrième voie, on pourrait redécouvrir ledit train.
.. Mais parfois, cela débouche sur des tragédies. Comme celle du tunnel du Mont-Blanc, en 1999, qui avait fait 39 morts. Ou celle de celui du Fréjus, le 4 juin dernier, tuant 2 personnes.
Grâce à la théorie des « flux tendus », c'est le stock de toutes les entreprises françaises et européennes qui défile sous nos yeux chaque jour. Avec les coûts publics induits, en infrastructures routières, et les risques qui en émanent.
Certes, le nouveau ministre des Transports, Dominique Perben, a annoncé une augmentation immédiate de 25 % de la capacité de transport de l'autoroute ferroviaire alpine, reliant France et Italie, en mettant les camions sur le rail.
Mais force est de constater que pour l'instant, c'est le tunnel du Mont-Blanc qui supporte la plus lourde surcharge des transports internationaux de marchandises. Sans compter les conséquences sur l'environnement de ce joli coin des Alpes.
D'autres solutions de transport de fret existent, comme les « autoroutes de la mer » ou les canaux fluviaux.
Pourtant, tous ces systèmes ont un point commun : le besoin (ou le manque) d'une véritable volonté politique d'aménagement du territoire.
1 Lyon-Turin, le tunnel de « l'impossible »
L'intérêt d'un tunnel entre la France et l'Italie, entre Lyon et Turin précisément, est évident. Mais ce projet transalpin se présente pour le moment comme un casse-tête technique, financier et juridique.
Creuser un tunnel de 53 km de long sous les Alpes pose le premier défi. Contrairement au sous-sol de la Manche, pas trop dur et plutôt uniforme, la roche des massifs alpins présente beaucoup de difficultés.
On passe du dur au mou, les couches sont perturbées ou fracturées, des poches d'eau existent ça et là , en compagnie de zones de fortes pressions. Yann Leblais, membre du bureau de l'Association internationale des tunnels (Aites), explique : « Sous une masse rocheuse existe un "état de contrainte", c'est-à -dire que le poids crée une sorte de décompression violente, qui peut être dangereuse pendant les travaux ».
En raison de cette complexité, le coût de la liaison Lyon-Turin devrait être d'au moins 12,5 milliards d'euros, ce qui pose une autre série de difficultés. Dans un contexte économique morose, les gouvernements français et italien sont peu enclins à augmenter leur déficit public pour financer ce projet.
De plus, l'expérience malheureuse des petits actionnaires du tunnel sous la Manche rend ce type de financement privé quasi impossible. Il faut donc trouver un montage innovant pour allier capitaux publics et privés.
Si l'Union européenne a proposé de financer 50 % du tunnel, Paris et Rome « ont bloqué la décision jusqu'aux prochaines échéances électorales » (législatives en Italie en 2006 et présidentielle en France en 2007), dit Bernard Simon, conseiller au Conseil régional Rhône-Alpes. Enfin, aucune solution juridique binationale n'a été trouvée.
Ce qui fait dire à Jean-Jack Queyranne, président (PS) de la Région Rhône-Alpes : « En 1870, 3 000 hommes ont creusé 14 km de tunnel sous le Mont-Cenis, avec des pioches et des ânes. Aujourd'hui, ce qu'il nous faut, c'est surtout de l'audace politique ».
2 Toulon-Rome, l'autoroute de la mer
En service depuis le 27 janvier, une ligne de « merroutage » pour le fret par camions, entre Toulon et Rome , a été ouverte par les armateurs français Louis-Dreyfus Armateur et italien Grimaldi. Une solution préfigurant les autoroutes de la mer qui pourraient fortement désengorger la route.
Bénéficiant d'une subvention de l'Etat français d'un million d'euros sur trois ans, cette première ligne franco-italienne de « merroutage » permet, trois fois par semaine, d'embarquer 150 remorques, 150 voitures et 900 passagers, de Toulon à Civitavecchia, au sud de Rome. Moins chère que par la route (350 €contre 850), la liaison maritime permet également aux chauffeurs de respecter leurs temps de repos, explique la compagnie.
Chaque voyage du navire allège d'autant l'axe routier entre la France et l'Italie où circulent chaque jour 20 000 véhicules, dont 4 000 poids lourds. « Notre seuil de rentabilité a été fixé à 18 000 remorques par an, soit 60 remorques par passage », a expliqué Christophe Santoni, directeur de GLD Lines, société commune entre LDA et l'italien Grimaldi Napoli Group, espérant être à l'équilibre d'exploitation en septembre. « Mais, pour nous, l'autoroute de la mer n'aura un sens que lorsque nous proposerons un départ quotidien, ce qui n'est pas encore le cas ».
Alors qu'un projet identique entre Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et Savone (Italie), défendu par l'armateur français Sud-Cargos, avait été abandonné il y a quelques mois en raison de l'absence de garanties des transporteurs, un autre projet d'autoroutes de la mer de grande ampleur est mené par le port de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).
Deux bateaux à grande vitesse (BGV) de 180 m de long, conçus par le cabinet d'architecte marseillais BGV, pourraient transporter, d'ici à 2006, du fret et des camions, entre Drammen (Norvège), Boulogne et l'Espagne, selon la Chambre de commerce et d'industrie de Boulogne.
3 De la péniche grand gabarit au train privé
Le transport fluvial de marchandises, en forte progression en France, notamment sur le Rhône et la Saône, apparaît comme une alternative séduisante au transport routier. Mais ce moyen de transport pâtit encore de la culture tout-route et de l'aménagement insuffisant des voies navigables, ainsi que de l'arrivée des opérateurs ferroviaires privés.
Alain Maliverney, chef d'agence d'Alcotrans, transporteur fluvial allemand très présent sur le Rhin, qui assure depuis décembre une ligne entre Fos-sur-Mer, Lyon et Châlon-sur-Saône, assure : « Le transport fluvial montre tous les jours ses intérêts économique et écologique(...) Il existe sur le Rhône, et donc pour le sud, une capacité d'extension assez fantastique pour le transport de marchandises ». Avant l'arrivée d'Alcotrans, seul River Shuttle Containers (RSC), filiale de l'armateur maritime marseillais CMA-CGM, créée en 2001, exploitait une ligne régulière Saône-Rhône.
Résultat : entre Fos et Lyon, le fleuve gagne des parts de marché et représentait en 2003 14,45 % des acheminements, le chemin de fer reculant en deux ans de 21,36 % à 15,41 %, tout comme la route de 78,19 % à 70,14 % en 4 ans. En France, un net redressement s'opère pour le transport fluvial, avec une progression de 6,2 % en 2004. Due surtout aux conteneurs.
Un seul chiffre : un convoi fluvial de 3 800 tonnes contenues dans une seule barge équivaut à 66 wagons de chemin de fer ou à 127 camions semi-remorques de 30 tonnes, circulant en caravane sur l'autoroute sur 6 km de long...
Les opérateurs ferroviaires autres que la SNCF se développent aussi. Le groupe papetier Norske Skog à Golbey (Vosges) va confier à un transporteur privé, la Connex (groupe Veolia), le transport ferroviaire d'une partie de sa production de l'usine de pâte à papier vers les pays européens. A ce propos, la CGT de la SNCF a déjà rappelé qu'il « n'y aura pas de dumping sur les salaires »...