TGV à Perpignan : ce contournement ferroviaire dont personne ne veut entendre parler… sauf la SNCF
Toutes les collectivités, les associations, les comités de riverains ou d’agriculteurs sont contre ce que beaucoup considèrent comme une sorte de Grande Muraille de Chine à ériger aux portes de Perpignan. Mais la SNCF continue d’avancer. Une réunion organisée mercredi à permis aux opposants au projet de se faire entendre.
Par Christian Goutorbe
Le 7 mai 2026 à 18h12
Mercredi soir, c’était jour de débat public au Soler (Pyrénées-Orientales) pour accompagner l’avènement de la nouvelle ligne à grande vitesse promise à voir le jour d’ici 2040 entre Montpellier (Hérault) et Perpignan (Pyrénées-Orientales).
L’objectif ? Raccorder, à partir de Toulouges, la voie à grande vitesse déjà opérationnelle vers Barcelone (Espagne). Pour ce rendez-vous de milieu de semaine, annoncé comme une concertation autour du contournement de l’agglomération de Perpignan, la salle est comble. Chacun attend de prendre connaissance des conditions d’exécution de ce grand chantier qui promet des ouvrages d’art pour faire circuler des trains de fret entre l’Espagne et la France. Soit 800 millions d’euros de travaux selon le maître d’ouvrage, mais sans doute beaucoup plus, autour de 1,5 milliard d’euros, selon un proche du dossier.
Une évidence pour le maître d’ouvrage
Surtout, ce contournement va lourdement impacter une dizaine de communes de la périphérie de Perpignan où il fait bon vivre : Baho, Peyrestortes et Le Soler. « Dans les années à venir, la demande en matière de fret ferroviaire va être multipliée au moins par trois entre les deux pays, promet Stéphane Lubrano, le chef du projet LGV Montpellier-Perpignan pour Réseaux SNCF. Et ce contournement va permettre de désengorger la gare de Perpignan et de développer l’activité ferroviaire passagers. »
Dans l’esprit du maître d’ouvrage, ce contournement est une évidence et une nécessité pour assurer le raccordement entre la nouvelle ligne à grande vitesse qui va descendre du massif des Corbières et celle déjà existante qui file vers Barcelone.
Dans la salle, il semble impossible de trouver âme qui soit favorable à un tel projet qui va détruire terres cultivables et paysages, et couper en deux des villages. Le tout pour transporter, dans le meilleur des cas selon certains, des fruits et légumes produits dans le sud de l’Espagne, voire au Maroc.
« Nous allons saisir un cabinet international d’expertises qui puissent valider ou pas cette solution » indique Armelle Revel-Fourcade, la maire du Soler. Laquelle énumère la série des votes défavorables de son propre conseil et sa position locale viscéralement défavorable au dossier.
Une mise à sac des terres cultivables et des villages pour les opposants
« Tous les maires de ces communes impactées sont contre. Ils ne vont pas laisser saccager leur terroir et leur village » estime Louis Aliot, le président de Perpignan Méditerranée Métropole qui compte prochainement réunir ces élus. Depuis son bureau, il a une vue imprenable sur le Centre del Mon. La fameuse gare TGV du centre du monde, construite voici 20 ans pour le TGV, pourrait ainsi se trouver au large de la nouvelle ligne. Avec quelques trains seulement s’arrêtant, le gros de trafic évitant Perpignan pour filer à vive allure vers Barcelone par le fameux contournement craint par beaucoup.

Le Soler (66). En supposant que ce schéma soit correctement cartographié en respectant notamment les distances, voici le plan du contournement LGV de Perpignan.
De son côté, Jean Marc Pujol, l’ancien maire de Perpignan, met en garde contre les cabinets d’étude économique qui, par le passé, ont précipité à la faillite la société d’exploitation du tunnel ferroviaire sous les Pyrénées. Lui-même est persuadé que ce nouveau projet ne verra jamais le jour.
« Que va nous rapporter ce contournement ? » questionne un habitant du Soler présent dans la salle. « On nous avait parlé d’une phase de concertation. Mais, c’est plutôt une présentation de ce chantier qui nous est imposée » s’exclame une mère de famille, les yeux rivés sur le plan à l’entrée de la salle.
« Souvenez-vous, voici 25 ans, la ligne à très haute tension, c’était la même musique avec RTE qui voulait installer des pylônes géants dans le Vallespir pour renforcer la ligne Baixas-Bescano. Ils ont fini par capituler. Le contournement ferroviaire ce sera la même partition » s’emporte un autre opposant qui dénonce la mise à sac des terres cultivables, des vignes et de la vie quotidienne à proximité de la voie ferrée pour des milliers de personnes.